Avec le peuple algérien édito n°275, avril 2019

Publié le : , par  CIIP

Depuis le 22 février, alors que s’annonçaient les élections présidentielles du 18 avril 2019 en Algérie, de très nombreuses et massives manifestations de millions de citoyen·es, pacifiques et joyeuses, ont éclaté dans toute le pays. Elles s’opposaient à une 5ème candidature du président Bouteflika et réclamaient la fin du système des clans corrompus qui accaparent le pouvoir depuis presque 20 ans. Il s’agit d’un tournant historique dans l’histoire de l’Algérie car depuis la fête de l’indépendance en 1962 on n’avait jamais vu de tels rassemblements de millions de citoyens dans tout le pays.

Ces événements historiques ont un fort écho en France. Par exemple le dimanche 10 mars 10 000 personnes à Paris et 6 000 à Marseille soutenaient les mots d’ordre clamés par les manifestations dans toute l’Algérie. Rien d’étonnant dans ces solidarités populaires : car les peuples de nos deux pays ont intimement vécu une histoire commune dans le passé. D’abord marquée par une longue occupation coloniale et l’implantation des "pieds noirs", puis par l’importante contribution des FMA [1] à l’armée française lors des deux guerres mondiales, ainsi que par les vagues d’immigration d’Algériens en France, appelés par les industriels et les sociétés de service. Surtout notre histoire commune est aussi marquée par les violences de la guerre d’indépendance, à laquelle plusieurs générations de jeunes Français métropolitains ont participé, par l’exode de la grande majorité des pieds noirs vers la France en 1962, et plus récemment par l’arrivée de jeunes réfugiés algériens pendant la "décennie noire" de la guerre civile en Algérie, ou qui espèrent trouver un emploi en France. Toutes ces expériences ont créé un tissu de relations interpersonnelles très denses entre les deux peuples, caractérisées par le partage de souvenirs de toutes sortes et par le nombre important de familles binationales et biculturelles.

Au Centre Inter-Peuples, il est naturel que nous soyons fortement impliqués dans ce tissu de relations, en particulier par notre soutien aux réfugiés algériens. Nous sommes donc entièrement solidaires des millions de manifestants d’Algérie et soutenons leur volonté de libération, de démocratie, et de retour à des stratégies de développement débarrassées des clans actuellement au pouvoir et de leurs pratiques de corruption.

Ces manifestants ont remporté une première victoire lorsque le Président Bouteflika a déclaré renoncer à se présenter pour un 5ème mandat, c’est un premier succès populaire, mais il a aussi repoussé l’échéance électorale présidentielle jusqu’à l’adoption d’une nouvelle constitution. En attendant, il impose un nouveau gouvernement, prolonge en fait son 4ème mandat et le système actuel se maintient donc au pouvoir. Du coup, il est probable que les manifestations massives vont se poursuivre pour obtenir la fin de ce système.

Le CIIP restera donc très attentif aux événements en Algérie mais, contrairement à Macron qui félicite Bouteflika, nous réaffirmons notre entière solidarité avec tous les acteurs populaires de la révolution en cours dans ce pays si proche de nous.

édito n°275, avril 2019

[1Les Français Musulmans d’Algérie (FMA), c’est ainsi qu’étaient nommés les Algériens depuis l’intégration de l’Algérie à la République Française à la fin du 19ème siècle. Auparavant on les qualifiait d’indigènes.

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