Fortes mobilisations populaires en Algérie de puissantes manifestations pacifiques rejettent le projet de coup d’État présidentiel

Publié le : , par  Marc Ollivier

Depuis la présentation par le FLN de la candidature de Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel, le 20 février dernier, une vague de manifestations populaires s’est développée rapidement dans toute l’Algérie. Tous les observateurs y voient un événement politique considérable.

Alger, le 8 mars 2019 {JPEG}D’abord par l’ampleur de cette mobilisation, évaluée à des millions de participants avec de nombreux jeunes, tant garçons que filles, des familles avec leurs enfants, etc.

Ensuite par leurs revendications très politiques. Au début focalisés sur le refus de la candidature du Président à un cinquième mandat, mais qui ont rapidement évolué vers un rejet massif du système politique en place, et l’exigence d’un nouveau régime démocratique débarrassé de son clientélisme et de sa corruption. Il faut souligner aussi la volonté réaffirmée de manifester sans violences, de maîtriser collectivement toute tentative de provocation envers les forces de l’ordre.
Deuxième constat : cette puissance et la maîtrise sociale du déroulement des manifestations ont provoqué un certain désarroi au sommet du pouvoir,

Immédiatement après le retour du président de son séjour médicalisé à Genève le 10 mars, il a licencié le premier ministre et annoncé dans un message au peuple qu’il renonçait à se présenter aux élections présidentielles pour un cinquième mandat, comme le réclamait la mobilisation populaire. Mais en même temps, il annulait les élections prévues le 18 avril, une décision anticonstitutionnelle. Il annonçait vouloir organiser une période de transition en constituant un nouveau gouvernement et en nommant une Convention Nationale "indépendante et inclusive" pour proposer une nouvelle constitution, la soumettre au peuple par referendum et, en cas de succès, décider d’une nouvelle date pour l’élection présidentielle. Et le 19 mars, il confirme qu’il compte rester Président après la fin de son mandat actuel, ce qui peut s’analyser comme un coup d’État. On comprend ainsi le nouveau slogan qui apparaît dans les manifestations depuis le 15 mars : "Nous voulions des élections sans Boutef et maintenant nous avons Boutef sans élections !". En effet, la réalisation de son projet équivaudrait à prolonger de deux ou trois ans son mandat présidentiel actuel sans même préciser jusqu’à quelle date !

Quoi qu’il en soit, l’Algérie est à un tournant de son histoire. Les manifestations monstres se poursuivent avec des exigences de changement de plus en plus radicales, et elles sont soutenues et partagées par la grande majorité des organisations syndicales et associatives, notamment des enseignants, des médecins et des paramédicaux, des magistrats et des avocats, des journalistes, ainsi que par les plus grands écrivains, cinéastes et artistes…

Nombre de membres des partis politiques du clan présidentiel quittent ce navire en difficulté et même le chef de l’armée, le général Gaid Salah, semble hésiter sur la conduite à tenir : d’un côté il se déclare décidé à soutenir Bouteflika jusqu’à sa mort, mais d’un autre il félicite la jeunesse algérienne qui manifeste et approuve ses exigences de liberté et de démocratie.

Au CIIP nous soutenons fermement ces manifestations de masse pacifiques et leurs exigences, en souhaitant qu’elles se renforcent jusqu’à obtenir la fin de la déliquescence actuelle du régime symbolisé par Bouteflika, et l’avènement d’une nouvelle république démocratique, gérée par le pouvoir souverain du peuple et en mesure de répondre aux besoins de toute la population.

Article publié dans Inter-Peuples n°275, avril 2019

Point de vue sur...

AgendaTous les événements